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«CUBA-CE QUE LES MÉDIAS NE VOUS DIRONT JAMAIS»
 
Tunisie :
Révolution et manipulations médiatiques

 «CUBA-CE QUE LES MÉDIAS NE VOUS DIRONT JAMAIS»

Tirant le bilan de la guerre contre la Yougoslavie (en 1999), qui fut le festival le plus réussi de la désinformation organisée, un général de l’Otan avouait, après la guerre, que de fausses informations avaient été systématiquement balancées, tandis que les informations gênantes étaient écartées ou marginalisées pour «anesthésier les opinions ». Il résumait ainsi la philosophie de l’Otan : «L’opinion, ça se travaille, comme le reste … Imposer sa domination en matière de relations publiques». L’information est conçue comme une guerre qui se gagne en éliminant les forces de l’adversaire. Les élites mondiales dirigent les Médias et fabriquent à dessein les indignations : Cuba est un cas d’école. C’est ce qui ressort de l’entretien qu’accorde Salim Lamrani (*) aux lecteurs du Courrier d’Algérie

Courrier d’Algérie : De manière didactique et pédagogique, vous énoncez des faits au sujet de ce que les médias ne diront jamais à propos de Cuba.
Pouvez-vous en parler au lecteur Algérien ?
Salim Lamrani : Cuba suscite beaucoup de controverses en Occident.
Ce petit pays de onze millions d’habitants dispose d’une couverture médiatique qui est disproportionnée par rapport à sa taille et les médias sont unanimes pour stigmatiser l’île, la plus grande île des Caraïbes, et diaboliser son leader historique, Fidel Castro.
Les attaques sont virulentes, jamais nuancées et à sens unique.
Pourtant, les noms de Cuba et Fidel Castro suscitent un engouement et une admiration extraordinaires sur tous les autres continents de la planète, que ce soit en Amérique latine, en Afrique ou en Asie.
De la même manière, Cuba jouit d’un prestige hors normes au sein de la plupart des institutions internationales.
En septembre 2006, Fidel Castro a été élu président du Mouvement des Pays non alignés qui regroupe 118 nations et représente les deux tiers de la population mondiale.
C’est pour pallier à ce paradoxe que j’ai écrit cet ouvrage afin d’illustrer le décalage qui sépare la vision médiatique de Cuba et la réalité de ce pays.
Dans l’une de vos ITW vous déclariez que lorsque vous aviez finalisé la rédaction de votre ouvrage, «Cuba-Ce que les médias ne vous diront jamais», vous avez songé à la nécessité d’y inclure un prologue qui s’inscrit dans le cadre de votre travail, et c’est ainsi que la figure de Nelson Mandela s’est immédiatement imposée à vous.
Pourquoi et quel lien doit-on et peut-on établir entre votre ouvrage et Nelson Mandela ?
Dans ce prologue, Mandela aborde une réalité soigneusement occultée par les médias : le rôle de Cuba dans la libération des peuples africains.
Des liens indéfectibles, datant de la lutte contre l’ignominieux régime de l’Apartheid, lient Cuba et l’Afrique du Sud, et plus particulièrement Fidel Castro à Nelson Mandela qui a passé près de vingt-huit ans dans les geôles sud-africaines.
Selon Mandela, «le peuple cubain occupe une place spéciale dans le coeur des peuples de l’Afrique.
Les internationalistes cubains ont effectué une contribution à l’indépendance, la liberté et la justice en Afrique qui n’a pas d’équivalent par les principes et le désintéressement qui la caractérisent».
Le rôle fondamental de Cuba dans la libération de l’Afrique reste méconnu du grand public.
Aucune autre nation au monde n’a érigé les principes de solidarité, d’altruisme et d’esprit de sacrifice en faveur des opprimés en norme inébranlable tel que l’a fait la Patrie de José Martí.
L’Algérie fut le premier pays africain à bénéficier de l’aide internationaliste cubaine.
En décembre 1961, le Front de Libération national (FLN), principal mouvement indépendantiste algérien, reçut une grosse quantité d’armes qui se révélèrent vitales dans la lutte contre le colonialisme français.
Là encore, le peuple algérien n’est pas prêt d’oublier la dette de gratitude qu’il a contractée à l’égard de Cuba et de Fidel Castro, lequel, en plein conflit avec les Etats- Unis, n’avait pas hésité à mettre en jeu la relation de son pays avec une grande puissance occidentale telle que la France du général de Gaulle pour porter secours à un peuple opprimé En dépit du fait que votre livre compte le prologue de Nelson Mandela, il n’a cependant pas fait couler l’encre nécessaire et les médias ne lui ont pas accordé la diffusion qu’il mérite.
En étés vous étonné et vous y attendiez-vous ?
Dans cet ouvrage, je pointe du doigt les graves manquements à l’éthique journalistique de la part de la presse occidentale.
Logiquement, je m’attendais donc à ce que cet ouvrage soit censuré par les grands médias français.
Est-il correct de penser que votre livre est surtout une mise en exergue de l’instrumentalisation politique des médias dans ce qu’on pourrait qualifier de bataille idéologique?
Je crois que l’on se méprend sur le rôle des médias.
En effet, la plupart des groupes de presse sont propriétés de grands ensembles économiques et financiers, alors que l’ensemble des supports médiatique – la presse écrite en particulier – est structurellement déficitaire.
Il peut paraître absurde de voir des entités privées, dont la raison d’être est de faire des bénéfices, investir dans un secteur économiquement non viable.
Or, le but pour ces multinationales qui investissent dans la presse n’est en réalité pas tant de faire de l’argent mais de contrôler le marché des idées.
Ainsi, le rôle des médias n’est pas de fournir une information objective aux citoyens mais de défendre l’ordre politique, économique et social établi par divers moyens efficaces, tels que la propagande, la désinformation et la censure.
Cuba est en cela un cas d’école.
 Vous expliquez que « la dissidence cubaine jouit d’une couverture médiatique exceptionnelle en Occident, largement disproportionnée par rapport à sa taille et son influence.
Aucune opposition latino-américaine n’est autant choyée par les transnationales de l’information», rajoutant : «Pourtant, il ne se passe pas une semaine sans que les médias occidentaux ne publient des interviews de ces fameux opposants censés être muselés par le régime castriste».
Vous précisez à cet effet que l’opposition cubaine dispose d’un statut particulier.
Peut-on en savoir plus ?
Une grande partie de l’opposition cubaine est financée par les Etats-Unis.
En effet, Depuis un demi-siècle, la politique étrangère de Washington à l’égard de La Havane, dont l’objectif est d’obtenir un changement de régime, se base sur deux piliers fondamentaux : l’imposition de sanctions économiques drastiques – qui affectent toutes les catégories de la société cubaine–l’organisation et le financement d’une opposition interne.
De 1959 à 1990, le programme de création d’une dissidence interne a été tenu secret.
Ainsi, les archives étasuniennes partiellement déclassifiées font état de multiples programmes destinés à créer une opposition au gouvernement de Fidel Castro, laquelle servirait les intérêts des Etats-Unis qui souhaitaient un changement de régime.
A partir de 1991, suite à l’effondrement de l’Union soviétique, le soutien financier et logistique aux dissidents cubains est devenu public et a été inscrit dans la législation étasunienne.
A partir de 1991, persuadés que l’heure finale de la Révolution cubaine était arrivée, les Etats-Unis n’ont pas hésité à affirmer publiquement leur soutien à l’opposition interne.
L’article 1705 de la loi Torricelli de 1992 stipule que «les Etats-Unis fourniront une assistance à des organisations non gouvernementales appropriées pour soutenir des individus et des organisations qui promeuvent un changement démocratique non violent à Cuba».
L’article 109 de la loi Helms-Burton de 1996 fait état de la même réalité : «Le Président [des Etats-Unis] est autorisé à fournir une assistance et offrir tout type de soutien à des individus et des organisations non gouvernementales indépendantes pour soutenir des efforts en vue de construire la démocratie à Cuba».
L’Agence étasunienne pour le développement international (USAID), dépendante du gouvernement fédéral, admet financer l’opposition cubaine.
Selon l’Agence, pour l’année fiscale 2009 le montant de l’aide destinée aux dissidents cubains s’élevait à 15,62 millions de dollars.
«La grande majorité de cette somme est destinée à des personnes se trouvant à Cuba.
Notre but est de maximiser le montant du soutien dont bénéficient les Cubains dans l’île».
L’organisation gouvernementale souligne également le point suivant : «Nous avons formé des centaines de journalistes sur une période de dix ans dont le travail est apparu dans de grands médias internationaux».
Cette déclaration met à mal les affirmations sur le caractère indépendant des «journalistes opposants » à Cuba.
Ayant été formés et stipendiés par les Etats-Unis, ils répondent aux intérêts de Washington dont le but est, comme le signalent les documents officiels du Département d’Etat», un «changement de régime» dans l’île.
D’un point de vue juridique, cette réalité place de fait les dissidents qui acceptent les émoluments offerts par l’USAID dans la situation d’agents au service d’une puissance étrangère, ce qui constitue une sérieuse violation du code pénal à Cuba comme dans tout autre pays du monde.
L’Agence, consciente de cette réalité, rappelle d’ailleurs que «personne n’est obligé d’accepter ou de prendre part aux programmes du gouvernement des Etats-Unis.
La Section d’Intérêts Nord- Américains de La Havane confirme ce fait dans un communiqué : «Depuis longtemps, la politique des Etats-Unis consiste à fournir une assistance humanitaire au peuple cubain, particulièrement aux familles des prisonniers politiques ».Wayne S.Smith, dernier ambassadeur étasunien à Cuba, a confirmé le caractère subversif de la politique étasunienne.
Selon lui, il est «illégal et imprudent d’envoyer de l’argent aux dissidents cubains».
Il a ajouté que «personne ne devrait donner de l’argent aux dissidents et encore moins dans le but de renverser le gouvernement cubain» car «lorsque les Etats-Unis déclarent que leur objectif est de renverser le gouvernement cubain, et qu’ensuite ils affirment qu’un des moyens pour y parvenir est de fournir des fonds aux dissidents cubains, ces derniers sont placés de facto dans la position d’agents payés par une puissance étrangère pour renverser leur propre gouvernement».
Voilà une réalité qui est soigneusement occultée par les médias occidentaux.

(*)Salim Lamrani est un enseignant et essayiste Français chargé de cours aux universités Paris- Descartes et Paris-Est Marne-la-Vallée. Il écrit principalement sur Cuba, et ses relations avec les Etats-Unis. Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris Sorbonne, Paris IV, il est membre du Centre de Recherches Interdisciplinaires sur les Mondes Ibériques Contemporains (CRIMIC) de l’Université de Paris Sorbonne, Paris IV, et du Groupe interdisciplinaire sur les Antilles Hispaniques et l’Amérique Latine (GRIAHAL) de l’Université de Cergy Pontoise. Ses articles ont été publiés par le Centre de recherche sur la mondialisation de Michel Chossudovsky, le Réseau Voltaire, Latinoamérica et Progreso Weekly. Il collabore également avec le Huffington Post. Il est l’auteur de plusieurs déclarations communes contre le terrorisme et pour le respect de la souveraineté, signées conjointement avec des prix Nobel tel qu’Adolfo Pérez Esquivel, Rigoberta Menchu, Nadine Gordimer, José Saramago et l’intellectuel Noam Chomsky.

Salim Lamrani

Tunisie :
 Révolution et manipulations médiatiques

Le traitement médiatique de la mobilisation populaire en Tunisie nous permet de toucher du doigt certaines manipulations politiques dans le traitement de l’information par des médias affiliés à des doctrines nourries par ce qui est qualifié de raison d’État. C’est ainsi que nous avons eu droit à une multitude d’«experts» et d’éditoriaux de circonstance se prononçant sur le sujet avec une conviction déconcertante, devenant ainsi plus tunisien que les Tunisiens eux-mêmes. Avant que Ben Ali ne soit forcé de quitter précipitamment la Tunisie, et que le vent ne tourne, on pouvait lire dans à peu près tous les grands médias français des expressions tel que «émeutes meurtrières» ou «émeutes sanglantes», des expressions remplacées dans les jours qui suivirent par «la révolution du Jasmin».

Le 9 janvier, l’AFP (Agence France presse) a publié une dépêche qui débute ainsi : «La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes».
L’accélérateur est ainsi mis en marche ; les autres médias relaient aussitôt l’information : - Sur le site du Parisien : «La révolte que connaît la Tunisie depuis le mois de décembre contre le chômage a dégénéré ce Week end en émeutes Sanglantes».
- Sur celui de La Voix du Nord : «La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la midécembre contre le chômage a dégénéré en émeutes sanglantes».
- Sur celui de TF1 : «Jour après jour, le mouvement semble se radicaliser.
La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes».

COMMENT PRÉPARER LES ESPRITS!

Quant au Figaro, reprenant une dépêche AFP, le journal titrait : «La révolte sans précédent que connaît la Tunisie depuis la mi-décembre contre le chômage a dégénéré ce week-end en émeutes sanglantes».
Le Vendredi 14 janvier à 19 h 10, l’annonce du retrait de Ben Ali est officielle depuis près de 30 minutes, et c’est lors de l’émission «Le Grand journal de Canal +» que Alain Duhamel (observateur à RTL, entre autres) marquera la différence en disant : «Ce qui est frappant c’est, comme souvent dans ces caslà, quand les choses tournent aussi mal, c’est-à-dire aussi violemment, c’est le retard perpétuel sur l’événement.
C’est… Ben Ali a toujours été en retard, de même d’ailleurs que le gouvernement français, qui a été de son côté en retard sur sa réaction, et sur l’ampleur de sa réaction».
Un «retard perpétuel sur l’événement».
Voilà … nombreux sont ceux à s’être aveuglément fiés aux déclarations intempestives de Michèle Alliot-Marie, allant plus loin dans la manipulation.
Plus tard, dans l’émission de canal +, Christophe Barbier (observateur à L’Expresse) rajoutait : «Tout faire pour que l’islamisme n’arrive pas au pouvoir dans ces pays-là, c’est pas rendre service à nous, c’est rendre service à nous et à eux, et aux peuples concernés… Tout plutôt que de les voir tomber dans ce qu’est devenu l’Iran ou l’Afghanistan».
Le journaliste précisera sa pensée en rajoutant : «Il y a la raison d’État et il y a du cynisme, je suis d’accord, mais j’assume cette phrase : «Plutôt Ben Ali que les barbus» ».

LES MÉDIAS ÉTRANGERS CACHENT SURTOUT LES RAISONS POUR LESQUELLES LEURS GOUVERNEMENTS RESPECTIFS SOUTENAIENT LE RÉGIME DE BEN ALI.

En décembre dernier, le Parlement tunisien et cinq partis de l’opposition politiques dénonçaient dans un communiqué l’instrumentalisation par «certains » médias arabes et étrangers des «événements» survenus à Sidi Bousaïd.
Ces partis sont le Mouvement des Démocrates socialistes (16 sièges au Parlement), le Parti de l’Unité populaire (12 sièges), l’Union démocratique unioniste (9 sièges), le Parti social libéral (8 sièges) et le Parti des Verts pour le Progrès (6 sièges).
Les partis mettaient en garde contre « la gravité des allégations mensongères que ne cessent de diffuser certaines chaînes satellitaires, dans le cadre d’orientations suspectes qui visent à faire du tort à la Tunisie, en amplifiant et en déformant les événements », dénonçant la «manipulation médiatique» des «événements» par certaines parties qui, à des fins politiciennes, diront-ils , les auraient dramatisé et orienté dans le but de porter atteinte à l’image de la Tunisie et de les exploiter pour des raisons suspectes».

LA RIPOSTE DU PEUPLE

En Tunisie, Internet fut la riposte du peuple.
Fondé en 1998 par quelques jeunes cherchant juste à se «marrer», le site Takriz s’est vite transformé en relais des critiques et des infos censurées.
Jusqu’à un million de visiteurs par jour ! Interdit et fermé en 2000, les hackers du groupe contournent le blocage.
Durant la révolte de décembre,Takriz a joué un rôle de véritable agence alternative d’information.
Cette première cyber-révolution confirme l’importance décisive de l’info indépendante de toute pression politique et économique.
La lutte, qui s’organisait sur Internet et dans la rue, est partie du Sud-où les populations sont les plus démunies- pour s’étendre dans tout le pays.
Après Tunis et sa banlieue, les villes de Tabarka et Jendouba dans le Nord-ouest ont rejoint à leur tour le mouvement.
Les hackers de Takriz attaquent, aux plus forts moments de la révolte, les sites web gouvernementaux.
L’accès à la bourse des valeurs et le site du ministère des Affaires étrangères sont bloqués.
L’attaque est revendiquée par un groupe de hacker dissidents : «Anonymous» Leur site propose de surfer anonymement sur Internet, offrant l’accès aux sites bloqués par le gouvernement.
En ce moment, les Tunisiens peuvent suivre en direct, minute par minute, les événements sur Takriz.

 

 
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